Mardi 5 janvier 2010
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"Nemchou", on y va ! L'appareil photo à la main je courrais vers le 4X4, la nuit allait tomber, je voulais finir ma
série de reportage photo. L'aventure saharienne
avait commencé le
mois précédent, en avril 2007. Un groupe de douze personnes sous la houlette de la novice que j'étais et qui faisait ses premiers pas au désert. Un groupe d'artistes dans lequel mon fils de 18
ans s'était fondu, il y avait fêté son anniversaire sous la tente nomade avec un gros gateau à la crème offert par le patron du campement.
Un gateau arrivé en 4X4 au beau milieu du désert, juste après la tempête et qu'un patissier de la ville de Douz, 80 km au nord, avait le matin même joliement décoré pour notre petit bédouin.
C'était la fête après la tempête ! 3 jours durant le vent de sable et la pluie et l'orage et le f
roid s'étaient acharnés sur notre stage yoga-créativité. Les cours d'aquarelle avaient rapidement tournés à la catastrophe
et pendant les séances de yoga nous écoutions goutter la pluie sur les matelas saturés d'eau...Mais qu'importe, chaque participant savait qu'il vivait là quelque chose d'unique qu'il n'oublierait
jamais plus et cela donnait à notre groupe une solidarité de camp retranché.
Le quatrième jour, un soleil d'or sur fond de dune orange nous avait surpris au réveil comme une grâce que l'on attendait plus et nous sommes partis en méharée le long du cordon dunaire de
Djibil, drapés dans nos burnous comme des rois-mages.Le lendemain l'alchimie du groupe arrivait à son apogée et les rires secouaient les poitrines au point de ne plus permettre aucune activité à
part se rouler par terre. L'après-midi, je proposais à chacun de se séparer pour vivre SON désert dans son espace de dune.
Le sable encore en suspension dans l'espace retenait une sorte d'aura lumineuse qui se confondait avec la dune. J'ai connu à cet instant ce que certains nomment "l'ivresse du désert", et je me
suis mise à marcher loin loin, comme si ma vie en dépendait, avec une motivation de lâcher-prise absolu...horizon de dunes à l'infini, ciel jaune et sable jaune et le silence épais...juste le
bruit de mon coeur battant aux oreilles...
Puis je me suis assise sur le sable...et soudain je n'ai plus existé.
C'est presque inexplicable. Mais vraiment, je n'ai plus existé. Le sens même que je donnais à ma présence, à ma vie, à mon moi, à mon corps...tout a disparu, tout s'est fondu avec le sable. Entre
le ciel et la dune, il n'y avait plus rien !
Cela a été la première expérience inattendue et fusionnelle que j'ai connue grâce au désert. Il y en eut d'autres plus tard, avec le ciel nocturne, les étoiles, le silence, la peur,
l'abandon...Mais cette première fusion a décidé de ma vie.
Je suis rentrée en pleurant, les idées en vrac. J'ai lavé mon linge, refait ma valise et repris un billet....Et je suis revenue sur mes pas, seule, pour réfléchir sur ma vie.
De cette immense fragilité qui jaillit de nos blessures profondes, de nos failles, dans ces moments charnières où la
vie côtoie la mort, nous pouvons mesurer toute l'intensité de la création qui murmure dans chacune de nos cellules. Le désert fut ma plus belle initiation et vint concrétiser de manière radicale
cet appel vers la liberté et le dépouillement qui jonchait immobile sous la couche des apparences.
Ceux et celles qui ont lu et apprécié le livre de Pinkola Estès "Femmes qui courent avec les loups", sauront de quoi
je parle. En m'engageant sur ce chemin j'ai arraché les pages de ma vie et les ai offertes au vent.
Désormais mon quotidien est fait de sable et de lumière, je fais partager cette expérience le temps de quelques jours
à ceux qui croisent ma route, le temps d'une pause dans leur vie bouleversée car je ne connais pas de meilleur remède pour faire le deuil de nos blessures que la douceur immense et poignante du
désert.
Par Ghislaine
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Publié dans : Aventure Sahara
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Mercredi 6 janvier 2010
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12:04
Il y a parfois des moments qui nous surprennent...sorte de flash concernant le futur et qui s'impose à l'esprit au moment où on met les pieds sur un lieu. A
moins que ce ne soit que le rappel d'une vie antérieure qui se glisse furtivement dans notre présent...Quoiqu'il en soit, ce jour là, un 4X4 me dépose dans un paysage incroyable. Une montagne
percée de cavités, couleur ocre rouge sur fond de ciel bleu céruléum...là c'est l'artiste qui parle :), une vision sortie tout droit d'un rêve, et en plein milieu une petite mosquée blanche qui
indique de son minaret pointé vers l'azur, le ksar tourmenté et en ruines qui se dresse au sommet de la butte. En m'approchant je remarque des constructions voûtées, j'apprendrais que ce sont des
greniers, couvertes d'inscriptions en relief, vestiges d'un langage magique que l'on doit aux civilisations berbères.
Ici, le même silence qu'au désert. Ici la vue s'étend à l'infini vers des canyons aux formes étranges, des pyramides naturelles qui s'alignent de
manière insolite sur l'horizon, un aigle plane sur le chateau, un chacal crie dans la vallée...et mon esprit s'est envolé...
Je vois une grotte dans laquelle j'habite....Je secoue la tête. Revient sur terre Ghislaine ! Je vois une grotte dans laquelle je vis et j'entends ma
voix...Revient sur terre Ghislaine ! Je me fustige, rien à faire, le film se déroule éclaboussé de lumière...je vois des mains pétrissant l'argile et formant des statuettes....
Alors, le croirez-vous, je tombe à genou et je pleure car mon âme sait que c'est ici chez moi et qu'il n'y a nul part où aller qui ne me ramènera
ici. Et je pleure car la moitié de moi lutte, paniquée, contre cette certitude.
Au moment où je relève les yeux, j'ai l'impression de voir sauter des pierres dans tous les sens...et j'éclate alors de rire, car en fait, les
pierres sont des marmottes locales, des goundis, intrigués de ma présence et qui se sont rassemblés autour de moi pendant ma prosternation !
Et le charme va reprendre quelques instants plus tard, lorsque, installée dans la fraicheur d'une grotte, grignotant des amandes et regardant la
lumière du dehors par la porte entrouverte, je vais voir défiler toute ma vie comme un livre. La voûte de l'habitation troglodyte est pleine de murmures qui me parlent d'un futur proche. Partout
où se posent mes yeux le mur devient miroir où une autre réalité prend racine.
Je vais revenir plusieurs fois dans ce lieu, qui devient l'étape de Soleil Nomade pour les groupes de stagiaires du désert.
J'apprends à connaître Raouf et tous les membres de la famille Talbi, les berbères qui rénovent ce lieu et qui ont installé un petit restaurant à
flanc de la montagne.
Raouf me parle parfois de ses projets. Il me dit :
-"Tu vois ma soeur, là je vais restaurer trois grottes et ici on mettra les sanitaires, et là une autre salle de restaurant...On va faire venir l'eau
avec une pompe, et puis le téléphone....peut-être Inch'Allah internet ...?"
Et je ris ! Car si j'arrive à imaginer la restauration des grottes et des ghorfas, je n'imagine pas l'ordinateur planté là au milieu des ruines,
insolite et décalé dans cet espace intemporel.
Mais c'est compter sans le courage et l'esprit d'aventure qui caractérise cette famille d'irréductibles. Ils iront au bout de leur projet, amenant
l'eau avec l'âne pour mouiller la chaux et le ciment, portant les pierres par 45° à l'ombre pour remonter les murs. Puis se battant pour obtenir le droit à l'eau courante, le droit à
l'électricité dans ce village abandonné de ses habitants depuis des dizaines d'années.
Et le mirage est devenu réalité. A la fin de l'année 2008, le gite est prêt à ouvrir, des panneaux solaires nous donnent l'eau chaude en abondance,
le bureau s'enorgueillit d'un ordinateur relié à internet...et pourtant l'authenticité du lieu a été sauvegardée ! Nous sommes en plein conte de fée.
Ce jour là, je marche avec Raouf dans la
montagne et j'ose poser une question qui me brûle les lêvres depuis deux ans :
-Est ce que c'est possible d'acheter une grotte ici ?
Un silence plane, un aigle passe en rasant la montagne et lance un cri pointu. Raouf se tourne vers moi :
-Mais ma soeur, il y a ma maison de naissance, là-bas de l'autre côté, si tu veux tu la rénoves, tu es chez toi !
Je me laisse irradier de cette sensation étrange que j'ai connu en arrivant ici....
-Pour de vrai Raouf ?
-Bien sûr pour de vrai, viens, on va la visiter !
Sur le côté ouest de la montagne quatre petites anfractuosités attendent de renaître. Le paysage est splendide. Le tombeau blanc des marabouts est
posé comme une meringue dans la vallée ouvrant sur le couchant, dans une boucle montagneuse absolument sublime. J'en ai les larmes aux yeux. Nous montons aux grottes en écrasant des touffes
d'armoise odorante dont le parfum me fait décoller, comme si je n'attendais que ça pour planer comme l'aigle du Dahar !
-C'est là que je suis né me dit Raouf, enjoué comme un enfant, et ici c'est la maison du grand-père, et là la grotte de ma tante marabout, la
guérisseuse Aïcha....Ici il ne faut jamais boire d'alcool le vendredi...car cela les fait sortir, dit-il en baissant la voix de manière mystérieuse.
Je répète sans comprendre :
-L'alcool les fait sortir le vendredi ? Pourquoi ? Qui ?
Il répète sans me répondre :
-Oui oui, il ne faut jamais boire le vendredi...parce que là, ils sortent...
Je n'en saurais pas plus ce jour là. Simplement, les soirs de pleine lune, lorsque je marche dans la montagne je crois parfois voir des ombres
furtives drapées du burnous disparaître derrière les éboulements de roche.
Par Ghislaine
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Publié dans : habitat troglodyte
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Samedi 9 janvier 2010
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18:03
Cela fait plusieurs mois que je cherche à construire ce projet : Monter un petit cheptel de
dromadaires dans mon village troglodyte. Au début je pensais juste acheter un jeune chamelon et apprendre à le dresser. Mais rapidement, le projet a pris forme dans ma tête et je dois acheter des
chamelles pleines pour avoir des petits cet hiver et quelques dromadaires mâles pour travailler. Des deux côtés de la méditerranée ce projet paraît insolite pour une femme, occidentale de
surcroît et en général mes interlocuteurs éclatent de rire. En fait il n'y a que mes proches qui me connaissent vraiment et qui comprennent que je vais aller jusqu'au bout.
Jusqu'au bout c'est à dire apprendre à les soigner, les dresser, traire les chamelles, élever les chamelons, les conduire au paturage, apprendre à parler le langage des camélidés, tondre la
précieuse laine des petits, les protéger du chacal...enfin de multiples tâches passionnantes sur lesquelles j'ai déjà réuni une abondante documentation.
En janvier, les bergers du Sahara rassemblent leurs troupeaux qui courent en liberté dans le désert pour les compter et les redistribuer, les marquer au fer. C'est le moment d'acquérir de
belles bêtes qui me conviendraient.![100 2537[1]](http://img.over-blog.com/300x222/3/57/25/24/100_2537-1-.JPG)
Ensuite, je serai en stage avec les hommes du désert pour apprendre mon nouveau métier.
Le dromadaire est une bête étonnante qui mérite le plus grand respect. J'aime la grâce tranquille de leurs mouvements et leurs longs cils qui abritent leurs gros yeux paisibles et cette douceur
inattendue chez une bête réputée dangereuse, qui lui fait baisser la tête pour se faire gratter le front.
Il ne faut pas cependant se laisser gagner par le romantisme car les dromadaires mâles sont des bêtes furieuses et rétives au moment du rut, il y a aussi les fugueurs irréductibles, les rebelles
qui râlent ou qui mordent, les mal dressés qui donnent des coups de sabot...
Mais en tombant amoureuse du désert, je suis aussi tombée sous le charme de cet animal qui a sauvé des peuplades nomades depuis des millénaires en se laissant apprivoiser afin de travailler pour
l'homme.
Il mérite également le respect par son contact écologique avec la nature, ne prélevant qu'une infime partie des ressources naturelles de la steppe, et faisant preuve néanmoins d'une
exceptionnelle résistance par des conditions extrêmes.
Cette aventure chamelière est motivée par le besoin de trouver des ressources dans ce coin de désert, afin d'aider à la rénovation des habitats et soutenir le développement des familles qui
vivent en dessous du seuil de pauvreté.
Vivre dans le Djebel Dahar implique d'abandonner notre économie de marché. Ici nous vivons en communauté et la croissance des uns ne peut se vivre sans la croissance des autres. Tout élan que
nous donnons à l'économie doit être fait de manière respectueuse et raisonnée, doit viser à ne détruire ni la nature, ni le patrimoine, mais au contraire l'enrichir.
Tout effort de développement doit se poser la question du respect des coutumes et des
traditions et nécessairement coller à une activité existante dans ce patrimoine culturel saharien.
Un jour, un généreux mécène à proposé de nous offrir quelques quads pour développer l'activité du village. Bien sûr, les jeunes étaient tentés, car c'est une demande du grand tourisme actuel,
louer les quads pour des randonnées dans le djebel cela pouvait rapporter gros !
Mais je me suis insurgée contre ce "cadeau". Je leur ai dit :
"Imaginez les quads dévalant les pistes de la montagne avec le bruit des moteurs, effrayant les animaux, détruisant les plantes sauvages...L'écho renvoyant le bruit des moteurs à l'infini ! Vous
ne pouvez pas accepter de détruire votre environnement pour un peu de confort financier en plus...car le revers de la médaille c'est que désormais les visiteurs fuiront la montagne du Dahar, un
des derniers lieux préservés dans lequel nous pouvons vivre de manière authentique...Mais en revanche nous pouvons développer un éco-tourisme, dans lequel des touristes responsables viendront
pour partager un mode de vie authentique basé sur le respect"...

Alors les idées s'enchaînent et c'est alors que je me suis mise à penser aux dromadaires. Voilà ce qu'il nous faut ici pour nous aider dans notre travail et comme les jeunes berbères ne savent
pas s'en occuper (ils sont bergers de chêvres et de moutons mais ne connaissent pas les camélidés), avec l'aide d'Amor, mon ami du désert, je vais apprendre à gérer un troupeau.
Autre atout non négligeable, le lait des chamelles est ici considéré comme un médicament qui active la guérison des personnes malades, on dit même qu'il peut sauver la vie. Ce produit rare
sera redistribué s'il en est besoin, le petit dromadaire partageant alors le lait de sa mère
.
Bon, j'ai hâte de démarrer l'aventure. Je repars le 17 janvier en Tunisie, mon ghorfa m'attend et tous mes frères aussi. Je pose ma valise à Douiret, et je fonce vers Douz avec Amor pour
constituer le petit troupeau.
Par Ghislaine
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Publié dans : dromadaires
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Vendredi 15 janvier 2010
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13:26
C'est
l'histoire d'une rencontre que les mots peuvent difficilement décrire. Je parlerai plutôt de sensations visuelles, olfactives, gustatives pour parler de cette immersion avec le monde berbère des
origines. Cela se passe à l'ouest de Ras-el-Oued. En face de Douiret se dressent des montagnes pyramidales qui cachent des trésors (dans tous les sens du terme...mais je vous raconterai cela une
prochaine fois ! :)). Aujourd'hui je vous présente "les tantes". Traduisez, les tantes de la famille de Raouf, c'est à dire trois soeurs qui habitent une petite maison troglodyte au sommet de la
colline de Ras El Oued. Elles sont tisseuses, bergères, cultivatrices. Elles n'ont pas trouvé de mari, car elles n'avaient pas de dot. Alors elles vivent là, comme autrefois, dans leur grotte.
Dans la cour, quelques poules et un coq, un four pour cuire la tabuna, délicieuse galette de pain qu'elles me font goûter avec la confiture de dattes noire et glissante et l'huile d'olive.
Inoubliable saveur.
Elles ne parlent pas un mot de français mais dans leurs yeux ce sourire comme une flamme vivante vaut bien tous les
langages.
Sur l'horizon le soleil se couche découpant les montagnes du Djebel Dahar, tableau irisé aux allures de film
fantastique, quelques femmes berbères en robe rouge, bouffante sur les reins, un grand voile de broderie anglais blanche couvrant la tête, se hâtent vers leurs maisons. Leur démarche oscille de
droite à gauche et leur vêture éclabousse de couleur la dernière rue du village qui s'arrête là, brutalement, au-dessus du vide, comme si la dernière pluie torrentielle avait entraîné tout un pan
de montagne dans l'oued désertique.
L'odeur de la galette, plaquée sur la paroi de terre brûlante, empli l'espace, avant-goût de délice tiède, et déjà la
salive humecte le palais tandis que le coq déchaîné entame une série de cris enroués pour saluer le soleil qui sombre glorieusement derrière la chaîne de montagne.
A l'intérieur de la grotte, la plus âgée des trois soeurs trie une grosse touffe de laine moutonneuse pour en tirer
des fils torsadés qui serviront sur le métier à tisser pour un de ces merveilleux killims qui racontent l'histoire de leurs origines en asfour, en losanges, en motifs symboliques, premier langage
du monde que leur culture n'a jamais oubliée.
A l'ouest de Ras El Oued, la nuit s'avance, tranquille, glissant dans l'espace comme un souffle qui répand le silence dans la vallée, aujourd'hui comme hier ressemble à demain et la
nuit n'en a cure, elle est reine du lieu et le doigt sur la bouche les djins se rassemblent pour quelque farandole sur les crêtes isolées.
Le coq désespéré de perdre la lumière s'est enfin apaisé. La tabuna est cuite. Je plonge la galette dans ce miel noir
et liquoreux...et le temps s'est arrêté.
Par Ghislaine
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Publié dans : habitat troglodyte
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Mercredi 20 janvier 2010
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18:17
Lumière dorée pour m'accueillir, et cette incroyable douceur de la montagne lorsque le vent ne souffle pas ! Quelques marmottes goundis détalent dans leur terrier,
les alouettes chantent leurs trilles légères...et le bonheur est dans chaque pierre du chemin qui monte jusqu'à ma maison troglodyte. Les jeunes maçons s'activent dans tous les sens, odeur de
chaux...Les grottes connaissent enfin leur renaissance, et revêtent leur nouvelle couche de blanc qui va les faire revivre. Instantanément l'espace s'agrandit, se redessine, les détails
surgissent. Vêture nuptiale pour une vieille dame, la grotte du marabout se prépare à un grand moment...celui de se voir envahie par mon désordre irréductible qui va lui donner vie après des
années d'oubli.
La cuisine habillée de tadelak couleur brique n'attend plus que l'heure du thé à la menthe.
Dans 15 jours, je vais enfin pouvoir emménager...mais auparavant, la famille berbère m'a prévenue...il faut sacrifier le chevreau. Et là pour moi ça se gâte ! Mais impossible de déroger à la
tradition.
-"Mais oui, m'explique le grand frère, c'est obligé, quand une maison se termine, il faut que le sang coule..."
Le sang a déjà coulé il y a un an, lorsque, démarrant les travaux, une série d'événements insolites a failli coûter la vie aux maçons qui travaillaient sur place. Les pierres qui visent les
têtes, les échelles qui glissent...les chutes imprévues, ont décidé Raouf à sacrifier une chêvre. Il m'a téléphoné tout heureux pour me le dire :
-"Tu sais ma soeur, on a sacrifié une chêvre, dans la grotte, pour que tout se passe bien..." Et je suis restée sans voix, balbutiant un timide :
-Mais moi, Raouf, j'ai pas l'habitude, il faut pas prendre la vie...
La végétarienne que je suis doit s'habituer. Ici il faut s'adapter, comprendre les us et coutumes, se fondre avec eux sans pour autant se renier...et j'y arrive. Je commence à saisir quelques
phrases en arabe, j'ai un peu de vocabulaire, je me sens participante. Mais au début, les inévitables crises d'identité se sont produites. Sentiment de solitude, flottement...puis, doucement, la
mosaïque s'est mise en place, les différences culturelles se sont polies l'une à l'autre, nous avons commencé à parler le même langage et l'harmonie règne dans notre communauté.

J'ai parfois l'impression que l'esprit de la montagne est complice de mon installation ici. Parler d'esprit de la montagne n'est pas un vain mot. Il y a un visage immense et énigmatique qui s'est
creusé dans la falaise et qui semble surveiller la vallée, le génie des lieux...qui ne respire que la nuit lorsque le peuple des hommes s'est endormi.
Par Ghislaine
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Publié dans : habitat troglodyte
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